L’histoire atypique d’un médecin sénégalo-ivoirien banni par des pairs
Une affaire de faux diplômes éclabousse le secteur de la Santé. Le Dr. Louis-Hyacinthe Zoubi, matricule n°603258/D, est accusé par le Syndicat autonome des médecins du Sénégal (Sames) de «faux et usage de faux».
Une affaire de faux diplômes éclabousse le secteur de la Santé. Le Dr. Louis-Hyacinthe Zoubi, matricule n°603258/D, est accusé par le Syndicat autonome des médecins du Sénégal (Sames) de «faux et usage de faux». Il est en effet reproché à cet homme d’origine ivoirienne d’avoir présenté de faux diplômes ; ce qui lui aurait permis d’intégrer la fonction publique nationale en 1999.
Dans un document dont Le Quotidien a copie, une source médicale indique : D’abord, «le diplôme que cet homme a présenté a été signé par le Doyen de la faculté de médecine de l’université d’Abidjan, alors que le Doyen ne signe pas un diplôme. Cela est du ressort du ministre de l’Education. Sinon délégation de signature est donnée au recteur». Ensuite, «il a acquis sa carte d’identité nationale en 2007, ce qui veut dire qu’il a été recruté dans la fonction publique alors qu’il n’était pas sénégalais», conformément aux textes en vigueur. Et notre interlocuteur d’y aller de sa déduction : «Donc, pendant 8 ans, il a profité de l’argent du contribuable sénégalais.»
D’ailleurs, après son recrutement, le ministère de la Modernisation de l’Etat, avait procédé à une «vérification d’authenticité du diplôme» du sieur Zoubi, soulignent nos sources. Le ministre de l’époque Abdoulaye Makhtar Diop, adresse une lettre datée du 8 juin 1999 à l’ex-ambassadeur de la Côte d’ivoire au Sénégal, Alassane Salif Ndiaye. Ce dernier, à son tour, envoie une correspondance au Doyen de la faculté de médecine d’Abidjan, (Ndlr : le Pr Koutouan, nous précise le Dr Zoubi).
Dans sa réponse en date du 29 juin 1999, ce dernier confirme l’authenticité du diplôme présenté par le Dr Hyacinthe Zoubi. «Les services de la scolarité et des examens de la faculté de médecine, après investigation, confirment que M. Zoubi est inscrit sur le fichier des diplômés et titulaire d’un doctorat d’Etat et d’un Ces conformément au registre des diplômes délivrés par la faculté des médecines», lit-on dans cette lettre (voir fac similé).
Mais la méfiance persiste au Sames dont un responsable relève une «curiosité». «Si vous observez bien l’indicatif du fax d’envoi (0149494521), vous remarquez qu’il a été envoyé à partir de Paris et non de la Côte d’Ivoire.»
Bac «frauduleusement» acquis
Autant de «bizarreries» qui ont poussé le Syndicat autonome des médecins du Sénégal à adresser une lettre au Pr Abdourahmane Dia dit «Ardo», vice-doyen de la faculté de médecine de Dakar. Celui-ci écrit au doyen de ladite faculté, le Pr Cheikh Saad Boye qui, à son tour, saisit son homologue de l’université d’Abidjan, le Pr Mohenou Izidore Diomandé, le nouveau recteur, pour une autre vérification.
Coup de théâtre : dans sa réponse du 29 juin 2009, le Pr Diomandé prend le contre-pied de son prédécesseur et donne raison au Sames. «Suite à la requête du Pr Dia et après contrôle dans nos archives, nous confirmons que M. Zoubi Louis-Hyacinthe n’a jamais pris d’inscription à l’Ufr (Ndlr : Unité de formation et de recherche) du service médical d’Abidjan», lit-on dans la lettre. «L’intéressé a par contre été l’objet de poursuites judiciaires pour un baccalauréat frauduleusement acquis en juin 1988», enfonce le Pr Diomandé (voir fac similé).
Aujourd’hui, l’affaire est entre les mains de la gendarmerie de Rufisque qui, informe-t-on, a entendu le Dr Zoubi, le lundi 31 août. Avant qu’il ne passe devant l’Ordre des médecins, le même jour pour «signer l’engagement de ne pas exercer le métier de médecin en attendant que cette affaire soit réglée».
Pourquoi attendre 10 ans après pour «douter» de la compétence d’un collègue ? «Nous avions depuis longtemps entendu parler de son incompétence. Mais nous n’en avions aucune preuve. C’est ce qui explique d’ailleurs son départ de l’hôpital régional de Ziguinchor», explique-t-on.
RéACTION Dr Louis-Hyacinthe Zoubi : «C’est un règlement de comptes»
C’est un homme, la tête farcie de points d’interrogations, que nous avons rencontré ce mardi 1er septembre au ministère de la Santé. «Qui vous a donné mon numéro de téléphone ?», «Qui vous a remis ces documents ?» Mais en l’absence des réponses attendues, le Dr. Louis-Hyacinthe Zoubi a quand même accepté de nous parler. Tout d’abord, il confirme son audition par la gendarmerie de Rufisque. «J’ai été entendu à la suite des responsables du Sames. Ils (Ndlr : les gendarmes) m’ont demandé de leur remettre tous mes documents originaux. Ce que j’ai fait. Ils m’ont dit qu’ils vont poursuivre l’enquête», relate le Dr Zoubi. Qui, ensuite, confirme l’engagement pris devant l’Ordre des médecins de ne pas exercer le métier jusqu’à nouvel ordre.
Cependant, il rejette les accusations de fraude portées contre lui et parle de cabale. «Mon diplôme est authentique. Je l’ai eu à l’université d’Abobogare d’Abidjan en 1995. En 1999, j’ai constitué et déposé un dossier pour entrer dans la fonction publique. J’ai été recruté et ce, après vérification d’usage de mes diplômes», déclare-t-il.
Quid de la lettre qui aurait été faxée à partir de la France ? Hésitant, le Dr Zoubi lâche : «C’est peut-être un problème de communication.»
S’agissant de la nationalité sénégalaise, il dit l’avoir légalement et légitimement acquise. «Ma mère est une sénégalaise», rappelle-t-il. En détails, cela donne : «A mon retour de la Côte d’ivoire en 1998, j’ai écrit au Président Abdou Diouf pour obtenir la nationalité sénégalaise. Entre temps, il a quitté le pouvoir. Et c’est en 2005 que le Président Wade a signé le décret qui me l’accorde.»
En fin de compte, cette histoire n’est qu’«un règlement de comptes» qu’il tente d’expliquer. «Comme je ne m’entends pas avec le médecin-chef du district de Rufisque (Ndlr : Dr Oulimata Diop), explique-t-il, elle s’est liguée avec le médecin-chef de région (Dr Marie Khémesse Ngom), qui est son amie et qui est Secrétaire générale du Sames, pour me faire la guerre.» La raison de ce qui serait un acharnement ? «C’est parce que j’ai dénoncé sa gestion, déclare-t-il. Depuis deux ans, elle m’écarte de la réunion de cogestion alors que je suis son adjoint. J’ai alors adressé une lettre aux autorités pour leur faire part de cela.» Pour le Dr Louis-Hyacinthe Zoubi, le Sames «est un club d’amis».
Des accusations balayées par le Dr Khémesse Ngom qui se refuse à toute polémique. «Je n’y suis pour rien ; il n’a qu’à régler cette affaire de faux documents dont il est accusé.»
Quant au médecin-chef du district, Oulimata Diop, elle n’a pas pu réagir. Jointe par téléphone à la date du 1er septembre dernier, elle a dit : «Je fais mes prières. Vous me rappelez dans 5 minutes.» Elle était devenue inaccessible en dépit de plusieurs tentatives.






Poster un nouveau commentaire