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Reportage de Radio Canada sur les talibés qu'elle appelle esclaves modernes

http://www.radio-canada.ca

Quand on débarque à Dakar pour la première fois, la vue de ces enfants mendiants, pieds nus, souvent couverts de gale, prend à la gorge. Plus qu'un choc culturel, c'est une gifle. L'image de ces petits « poqués » de la vie, qui n'ont parfois que trois ou quatre ans, nous hante, nous poursuit, car ils sont partout. 
 

Des enfants talibés du Sénégal. Photo: Normand Blouin 
 
Que la gouverneure générale du Canada, Michaëlle Jean, en visite officielle au Sénégal en fin de semaine, ait dénoncé le sort de ces « esclaves » va de soi, direz-vous. Détrompez-vous. C'est un formidable pied de nez au président sénégalais, Abdoulaye Wade, debout juste à côté d'elle, qui a longtemps toléré les abus des marabouts qui exploitent ces enfants. 
 
Au Sénégal, c'est une tradition séculaire. Des parents pauvres confient leurs garçons à des marabouts, ces maîtres coraniques censés leur enseigner le Coran. Mais la tradition a depuis longtemps été pervertie par de mauvais marabouts, qui font plutôt mendier leurs « protégés » du matin au soir. Certains « maîtres » collectent ainsi jusqu'à 60 000 $ par année. Et si un talibé (mot arabe signifiant élève) ne rapporte pas son versement quotidien, il préfère souvent dormir dans la rue, pour éviter de se faire battre. 
 
Le travail de « Madame Talibé » 
 
Christiane Pelchat, la présidente du Conseil du statut de la femme du Québec, est connue et reconnue dans les rues de Saint-Louis, au Sénégal, comme « Madame Talibé ». Elle et son conjoint Serge Marcil, décédé lors du séisme à Port-au-Prince le 12 janvier, avaient « adopté » neuf talibés quand ils vivaient là-bas, à la fin des années 1990. Pendant deux ans, chaque matin, Christiane et Serge les accueillaient dans leur maison pour les doucher, les nourrir, les soigner et les alphabétiser (mission reprise depuis par la Fondation Paul Gérin-Lajoie, à Saint-Louis).  
 
Contrairement à bien des travailleurs humanitaires, qui abandonnent leur « cause » une fois de retour au pays, Christiane et Serge ont continué d'aider leurs talibés, de loin, depuis 10 ans. La fondation qu'ils ont créée, Contre l'indifférence pour l'aide à l'enfance, finance leur scolarité et des stages de travail. Mais les marabouts ont le bras long. Souleymane, un des petits que Christiane avait « sauvés » des griffes de leur maître, vient d'être repris de force. « Dans certains pays, les enfants servent de chair à canon. Au Sénégal, ce sont des machines à sous », dit Mme Pelchat, qui accompagne la gouverneure générale en Afrique cette semaine.  
 
Selon Human Rights Watch, plus de 50 000 enfants sont ainsi abusés par de « faux » marabouts au Sénégal. L'exploitation de ces petits esclaves est un problème gigantesque que l'État sénégalais refusait de reconnaître jusqu'à récemment. La première fois que j'ai voulu faire un reportage sur le phénomène, il y a trois ans, c'était encore un sujet tabou. Personne au gouvernement n'acceptait d'en parler. Même l'UNICEF disait ne pas soutenir les ONG qui leur venaient en aide, sous prétexte qu'officiellement, le problème des talibés n'existait pas.  
 
En qualifiant les talibés d'esclaves, Michaëlle Jean pose un baume d'une douceur infinie sur les plaies béantes de ces petits écorchés vifs. Et elle force tout le monde, pas seulement les hommes de pouvoir, mais tous les Sénégalais, à enfin ouvrir les yeux sur une réalité trop longtemps tolérée.  


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Par Bathie Ngoye Thiam le 11 - 05 - 10

Mbokki taalibe yi (chers condisciples), l’heure est grave. Nos marabouts sont de plus en plus désacralisés. Des égarés croient qu’ils peuvent se passer d’eux tout en restant musulmans. Ils veulent se suffire de Dieu, du Prophète (Psl) et de leurs recommandations, programmant ainsi la fin de nos dynasties confrériques. Ils vont jusqu’à penser que nos marabouts sont des citoyens comme nous, alors que nos grands-pères, comparés aux leurs, n’étaient que de petits types, pour ne pas dire de viles créatures.

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