Depuis un certain temps, le refrain revient... Comme un fichier MP3 défectueux ! L’union africaine, le gouvernement africain... les Etats-Unis d’Afrique ! Et patati et patata ! Imaginez un seul instant Akon se lever et faire le tour des médias pour déclarer qu’il est chanteur ! Impossible ? Parfaitement ! Il ne fait que chanter ! Il ne s’agit pas de revenir à la célèbre phrase de Wolé Soyinka à propos de tigritude, mais tout de même !
Faisons la différence entre s’agiter et agir ! Aux premières aubes de l’alternance, le Sénégal a voulu rappeler les évidences du destin de l’Afrique : la maison d’Edition Panafricaine, le Train à Grand écartement, le Nepad... ! A l’époque, bien des sourires courtois se sont dessinés... jusqu’à ce que ces projets décorent de belles bibliothèques et armoires de rangement de certains officiels... L’intégration, l’Union africaine ne se décrètent pas ! Elles se construisent ! Elles s’édifient avec la bénédiction des Pouvoirs publics, l’appui de chaque gouvernement, les règles de chaque Assemblée nationale, les sanctions de la justice des Etats et la régulation de la Presse de chaque pays, mais last but not least, avec le dynamisme du secteur privé !
Vous en doutez ? Dans ce cas, levez vos yeux de ce papier et regardez le marchand de cola ! Non, pas le Coca, mais la noix de cola... Ce produit est cultivé à des kilomètres de Dakar, produit à des jours de route de nos contrées sahéliennes, à des heures de vol de nos marchés... Il est exploité par des gens qui ne parlent pas un mot de wolof (ou presque !!) et vient s’écouler ici sans souci. Il est cueilli par des hommes et des femmes qui n’ont pas fait Hec (Hautes études commerciales) ou Sup de Co. Certains ne sont pas allés loin dans les études à l’occidentale. Rares sont ceux qui, parmi eux, se servent d’un ordinateur ! Pourtant, leur circuit de production, de collecte, de conditionnement et de distribution est mieux huilé que celui de Microsoft. Leurs mécanismes de fret, de manutention causent moins de stress que les opérations de douane ou de transit des autres opérateurs économiques. La stratégie de recouvrement est bien plus cohérente et fonctionnelle que celle des assurances. En dépit des obstacles linguistiques entre les Bétés, Baoulés, etc. de la Côte d’Ivoire et les Wolof de Dakar en passant par les Peulhs et les Soussous ou le Malinké de Guinée. Il s’agit pratiquement d’un monopole ! Et pourtant, en dépit de tous les atouts dont ils disposent, si les ministres des Finances des pays de l’Uemoa montaient (à titre privé et personnel) une structure pour se lancer dans le commerce de la noix de cola, ils ne survivraient pas plus d’une semaine ! Cela signifie tout simplement que ces commerçants n’ont pas attendu les savants et autres illustres économistes, diplomates et génies pour construire une intégration.
Sincèrement, il est temps pour les Africains de sortir des clichés. Il est temps pour les Africains de reconnaître leurs faiblesses, mais aussi de voir leurs forces ! Certes, la création d’un gouvernement africain reste une impérieuse nécessité ! Mieux, une urgence... vitale !
Le plus urgent est de créer avant tout une économie unie. Le reste suivra de lui-même. Il y a près de dix ans, Air Afrique était tuée ! Pourtant, cette compagnie Panafricaine, dotée d’une minuscule flotte, n’a jamais, oui JAMAIS eu d’accident mortel. Pendant ce temps, d’autres compagnies réputées sûres voient leurs aéronefs s’abimer. Suivez mon regard ! En dépit de toutes ses tares et imperfections, les cadres et les agents d’Air Afrique ont insufflé une vie à cette compagnie. En dépit des retards de vols, et des excès imputables à toute organisation humaine, elle a su évoluer.
Cela signifie que la priorité est à la création de voies de communications rapides, la constitution d’entreprises purement africaines qui traversent humainement les frontières. La Cse. (Compagnie sahélienne d’entreprises) l’a fait à un moment. C’est bien gentil d’inviter le Maroc à rejoindre l’Union africaine... Mais avec l’offensive du groupe Royal Air Maroc et la prise du contrôle de Air Sénégal international, le royaume chérifien a franchi un pas vers ce gouvernement africain.
Il en est de même avec la Wafa Bank. Par le rachat de bien des banques en Afrique noire, le Maroc construit jour après jour la tour d’un véritable ministère panafricain des hautes finances. Le jour où la Cbao aura acquis 10% des banques de l’Uemoa, les données auront changé. Les exemples sont nombreux ! Regardez les opérateurs téléphoniques ! Au-delà des raisons sociales et du découpage fiscal et du montage financier, ce sont les mêmes opérateurs Gsm qui couvrent le Sénégal, le Mali, la Guinée, etc.
Nos honorables députés légifèrent, mais nous oublions souvent que le marché s’impose de lui-même. Malheureusement ! Ou heureusement... Dans tous les pays d’Afrique de l’Ouest, le transport public est régi par des textes d’une précision à faire pâlir d’envie les experts de la sécurité nucléaire européens. Pourtant, dans la pratique, le transport est contrôlé par une série d’acteurs difficilement identifiables. Cela est dû au fait que la demande reste très forte. Même si les Etats mettaient des policiers et des soldats armés pour empêcher les gens d’emprunter les véhicules de transport clandestins, ils n’y arriveraient pas. Tout au plus, cela ne ferait qu’augmenter les tarifs (car les transporteurs vont appliquer en 24 heures un ratio-risque à leurs prix, qui est indexé sur le cours du pétrole et le montant des amendes à payer !) Le jour où Dakar Dem Dikk deviendra Africa Demaat Dikkaat et qu’on pourra embarquer au terminus de Dieuppeul et arriver à Kaolack en 2 heures de temps à un prix raisonnable... le marché va évoluer, la politique aussi. Le jour où le Témoin, le Nouvel Horizon, Lissa, le Pop, l’Obs., le Quotidien ou le Soleil seront tirés à 150.000 exemplaires et lus dès leur parution à Abidjan ou à Brazza... le gouvernement Africain sera une évidence.
Il en va de même pour le fléau des médicaments de la rue. La question est : faut-il lutter contre celui qui vend illégalement ce produit ou lutter en faveur de celui qui l’achète à cause de son faible pouvoir d’achat ? Le jour où les médicaments pourront être produits sur place, subventionnés et vendus dans les officines à un prix qui ne dissuadera pas les petites poches de l’Africain lambda, les trafiquants se recycleront vers un autre créneau. Ils seront obligés, comme les gérants de « télécentres » ont dû le faire avec l’avènement de la vente du crédit téléphonique au détail. Les gouvernements doivent laisser à leurs ministères en charge de l’Economie, du Commerce, de l’Industrie, de l’Artisanat et de l’Entreprenariat féminin la latitude de favoriser l’émergence de structures économiques privées ou parapubliques qui serviront de locomotives.
N’oublions pas que la monnaie unique a vu le jour en Afrique avant l’euro. N’oublions pas que la Bceao (Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest) a réalisé depuis des décennies ce que les banques centrales européennes tentent de faire actuellement ! Ne perdons pas de vue que l’Asecna (Agence pour la sécurité de la navigation aérienne) assure la sécurité des liaisons aériennes en Afrique en dépit des différences qui existent entre le Sénégal et Madagascar, ou entre le Niger et le Congo.
En un mot comme en mille, l’Union africaine est avant tout un travail à la base... mais un travail économique d’abord, diplomatique ensuite et politique enfin. Malheureusement, la marche vers l’unité n’est pas si rose. Une Union africaine sur le plan économique et technique est viable et possible ! En revanche, une union politique seule... semble assez difficile à réaliser dans l’immédiat. Sur le plan diplomatique cela l’est encore plus ! Tant que le statut d’ancien président ne sera pas résolu, tant que les constitutions ne veilleront pas à accorder une certaine sécurité à nos dirigeants s’ils terminent leurs mandats, le rêve de Cheikh Anta Diop, Marcus Garvey ou Nkrumah ne sera qu’un rêve ! Mettez-vous à la place d’un président ! Pourquoi diantre risquer de se retrouver sans le sou et toucher une pension de retraite pour régler des factures d’eau, d’électricité et de carburant, puis de s’exposer à une juridiction internationale alors qu’on peut s’éterniser au Palais avec armes, oui avec armes et bagages ? Tout dirigeant n’aspire-t-il pas à sortir par la grande porte de l’Histoire et à pouvoir vivre tranquillement et confortablement dans son pays comme Mandela, Rawlings, Kufuor, Kérékou ou (à un certain moment) Senghor ?
Conseil en Management






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Invité(e) le 05 - 06 - 2010 à 14h:58m:42s GMT
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