Pour lutter contre la grande misère des infrastructures, l’une des plaies du sport africain, de plus en plus de pays font appel aux Chinois pour construire leurs stades, la Chine en profitant pour nouer des accords de coopération.
Pétrole contre football. Au Cameroun, par exemple, l’Etat prévoit de faire construire par les Chinois de nouveaux stades, car ce pays roi du football africain n’a plus d’enceinte digne de ce nom. Il négocie un prêt de 272 milliards de francs CFA auprès de la Chine.
L’accord comprend aussi un volet économique, notamment l’exploitation des gisements pétroliers à Zina et Makary, pour 80 millions de dollars. Les accords de ce type se multiplient. Les populations sont séduites, et la Chine avance ses pions grâce à la diplomatie des stades. Elle en a bâti 52 en Afrique, selon l’agence de presse Xinhua, du Maghreb à l’Angola et du Sénégal à la Tanzanie, et ce n’est pas fini. Les Chinois ont construit les six stades de la Coupe d’Afrique au Mali (en 2002), les quatre de la CAN-2010 en Angola, et travaillent sur le futur grand stade d’Alger, de Lusaka, et les enceintes de la CAN-2012 en Guinée-Equatoriale et au Gabon (co-organisateurs)."Porteuse d’un discours idéal et d’une politique du chéquier généreuse, Pékin a réussi une percée foudroyante sur le continent africain", explique Philomène Robin, chercheuse en Relations internationales, de l’association Terra Nova.
Pour Issa Hayatou, président de la Confédération africaine de football, "la CAF ne regarde pas qui construit, ce qui nous importe, c’est que les stades respectent notre cahier des charges. C’est le gouvernement de chaque pays qui choisit, qui construit les stades". Ces infrastructures sportives ne représentent pas un énorme marché, mais "une forte dimension symbolique dans un contexte où le rapport à la Chine est en train de se dégrader", explique le professeur William Leday, géopolitologue spécialiste de l’Afrique de l’Ouest.
La Chine ne rivalise pas encore avec les partenaires de toujours de l’Afrique, la France, le Royaume-Uni, et plus largement l’UE. Mais elle étend son influence sur le Continent Noir. Les Chinois mettent en avant une coopération "gagnant-gagnant", le terme à la mode promu par les Chinois au Forum sur la coopération sino-africaine de Pékin, en 2006. Sur le modèle de l’accord pétrolier au Cameroun, la Chine a signé des accords avec le Ghana, au moment de la construction des stades de la CAN-2008, pour l’exploitation de la bauxite.
La coopération +à la chinoise+ se targue de ne pas se mêler des affaires intérieures, ce qui peut séduire certains dirigeants africains.
Mais "beaucoup d’intellectuels, qui saluent au fond l’ascension de la Chine, jugent de manière critique son mode opératoire", note dans un rapport la fondation Friedrich Ebert Stiftung (FES), qui met en place des projets de développement politique et social. "Ils considèrent que la construction de stades, tout en étant une bonne chose, n’apporte pas pour autant le développement."
AFP






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